INOUI, -iE, adj.

A. Vx ou littér.
1. Qu'on n'a jamais entendu auparavant. Bruit inoui : musique inouie; accents, accords inouis. Une modulation (...) certainement inouie à cette époque (D'INDY, Compos. mus., t. 2, 1, 1897-1900, p. 227) :
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. L'œil sourcille et l'oreille s'étonne; on ne peut ouir l'inoui.
2. Dont on n'a jamais entendu parler auparavant, qui est inconnu, sans précédent. On vit, chose inouie jusque-là, une littérature moderne appliquer le goût le plus exquis à ses plus nobles chefs-d'œuvre (SAINTE-BEUVE, Poés., 1829, p. 170). L'important projet que je médite est inoui dans ma famille (MUSSET, Fantasio, 1834, I, 3, p. 200) :
B. Qui est extraordinaire, surprenant, hors du commun. L'orage éclatait avec une violence inouie (ZOLA, M. Férat, 1868, p. 17). Il eut la chance inouie de ne tuer personne (BLOY, Femme pauvre, 1897, p. 132) :Et je vis, étonnée, aveuglée, éblouie, sachant bien que pourtant la détresse inouie. A depuis mon enfance exalté tous mes jours, que je l'appelle ardeur, que je l'appelle amour... NOAILLES, Éblouiss., 1907, p. 341.

SYNT. Événement, bonheur, courage, drame, effort, luxe, prodige, scandale, spectable inoui; ardeur, audace, brutalité, circonstance, complexité, cruauté, délicatesse, douleur, force, insolence, joie, monstruosité, profondeur, puissance, rage, rapidité inouie; épreuves, difficultés, paroles inouies; malheurs, maux inouis.
C'est inoui (ce que). C'est incroyable, ahurissant. C'est inoui ce qu'elle pouvait inventer pour rester dehors une heure de plus (CHARDONNE, Épithal. 1921, p. 58).
[Le suj. désigne une pers.] Être inoui. Être extraordinaire, déroutant. Non, mais vous êtes inouie, ma parole! De quoi vous mêlez-vous? (MAURIAC, Asmodée, 1938, II, 4, p. 71).
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Le prince resta assis, hébété par l'inoui et l'inattendu de cette accusation (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 299).